L'auteur : Carlo Goldoni

Goldoni est l'un des plus grands dramaturges de l'histoire du théâtre italien et l'évolution de son écriture représente un moment tout à fait singulier de la comédie italienne. Dans ses Mémoires, il évoque des comédies à canevas, des comédies généralement en trois actes avec parties écrites, parties à canevas, masquées ou non. Goldoni tente toutes les expériences de l'écriture comique auprès de diverses compagnies, principalement en Vénétie et en Toscane.

Vers la fin des années 1730, à Venise, Goldoni travaille avec une troupe qui lui semble pleine de talent et de promesse. Il écrit alors dans ses Mémoires son profond désir : « voici le moment peut-être d'essayer cette réforme que j'ai en vue depuis si longtemps. Oui, il faut traiter des sujets de caractère ; c'est là la source de la bonne comédie : c'est par là que le grand Molière a commencé sa carrière et est parvenu à ce degré de perfection, que les anciens n'ont fait que nous indiquer, et que les modernes n'ont pas encore égalé. »

Il s'agit pour lui de trouver un compromis entre la comédie à canevas où les situations sont seulement décrites sans dialogue, et la comédie érudite, héritée de la Renaissance. Fervent admirateur de Molière, c'est dans la comédie de caractère qu'il voit cet horizon.

Sa première pièce entièrement dialoguée fut La Donna di garbo (1743) qui eut un certain succès, mais son grand succès fut Arlequin, Serviteur de deux maîtres (1745),  entièrement rédigé et dialogué en 1753. La Commedia dell'Arte qui, selon les témoignages de l'époque dont celui de Goldoni , était en train de s'essouffler par manque d'imagination et un certain laisser-aller technique, se voit soudain figer dans une sorte de modèle absolu qui viendrait clore cette aventure théâtrale remarquable, du moins sonner comme un chant du cygne.

Durant les vingt ans suivants, Goldoni va délaisser de plus en plus les personnages archétypaux de la Commedia dell'Arte pour « traiter des sujets de caractère ». Avec Les Rustres (1760), Goldoni écrit clairement une comédie de caractère : le défaut majeur de son protagoniste (l'ours mal léché Lunardo) est au centre de la fable, à la fois sujet et moteur de l'intrigue. La pièce dénonce et se moque de ce tempérament brusque et frustre, tout en peignant la société vénitienne. Il nous donne également à voir le monde vénitien du spectacle et croque avec bonheur des personnages à la fois vains, énervants et attendrissants.

Cette œuvre rappelle également la vie artistique extraordinaire que connut Venise à cette époque, avec le théâtre mais aussi le déploiement des fastes sonores et visuels de l'opéra baroque. Goldoni va souvent croquer dans ses pièces cette société décadente, ce crépuscule de la splendeur de Venise. S'il s'éloigne d’Arlequin et de Pantalon, il n'en reste pas moins parfois la trace, notamment chez ses petits valets ou chez ses vieillards. En même temps les personnages prennent un relief tout à fait nouveau, voire une profondeur inédite pour des personnages de basse extraction.

© 2020 cie del intermezzo

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